Souffrir est peu de chose au regard des sensations que procure l'Attente; une vision, une intuition, un dépassement, une envie de partir contre une force, inexplicable, qui lui résiste. Car, sait-on jamais? Attendre et survivre à l'impatience...Il suffirait d'une apparition, une seule, pour que le monde bascule de la détresse vers l'apaisement.
L'artiste, à l'image du scalpel, est un outil miroitant, dangereux et nécessaire à trancher dans le vif. Si le " vif " est adjectif, il se rattache au genre et au caractère du monde qu'il définit. Lorsqu'il est un " nom ", il s'attaque à la Chair. La raison pour laquelle existe une médecine est identique à celle justifiant l'existence de l'Art: L'imperfection engendre des besoins réclamant une attention et une intervention dont un monde, s'il n'est que le " pire " ou le " meilleur ", n'aurait nul besoin d'attendre. C'est ce qu'il se passe en soi, cet opposé-complémentaire dont nous nous nourrissons chaque jour, qui permet d'enrichir nos attentes, d'espoirs dépassant l'ordinaire de nos vies.
L'Autre est, pour moi, la vie rassemblée en un. Il est une manifestation condensée de la vie que je reconnais en moi. Comment ne pas le désirer et l'aimer? Pourquoi ne pas attendre de l'autre cet amour qui nous révèle en nous plaçant, sur le haut d'un impossible rocher, dans sa lumière?
De quoi pourrions-nous avoir peur? D'avoir à subir l'épreuve d'une Absence? A. Desjardins répondrait: " Vous avez peur de vivre parce que vivre, c'est prendre le risque de souffrir." Et il est vrai qu'attendre, c'est vivre et souffrir un peu. Mais c'est aussi trouver à cette forme de souffrance un sens et une valeur en retournant le monde, milles fois, dans sa tête. La Vie, à l'heure du Rendez-vous, devient, chaque fois, palpitante. Perché sur les hauteurs impatientes d'un corps tendu et ultra réceptif, la vie, dans cet instant de mal d'attendre, est à deux doigts de nous achever.
Pourquoi ne pas envisager un monde, autre, où nous ne vivrions que pour le meilleur? Mais " meilleur " ne voudrait plus rien dire du tout. Sans son contraire, sans opposé, le meilleur serait le pire. Et le pire, n'est-ce pas encore de priver notre corps et notre chair de cette lumière aveuglante qui nous fait croire à l'Amour autant qu'à l'enfer? Et la question ne serait pas d'attendre davantage de l'un ou de l'autre, mais d'y prendre et de voir, en chacun intimement réunis, cette sensation qui nous laisse attentif, et, de toutes les façons, meilleurs aussi.
L'Attente, à l'intérieur de soi, bouscule et chavire. N'est-ce pas cela aussi l'Ivresse de la Vie?
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